Toulouse. Flash Therapeutics prévoit un vaccin à ARN contre le Covid-19 à la fin de 2022

Développer une technologie à ARN dont la France est propriétaire et, ainsi, s’affranchir des laboratoires étrangers dans la vaccination anti-Covid. Malgré les obstacles, Flash Therapeutics maintient son ambition d’un vaccin disponible d’ici à la fin de 2022.

Le pays de Pasteur l’attendait et la biotech Flash Therapeutics pourrait bien le réaliser. Un vaccin à ARN 100% français contre le Covid-19. L’entreprise toulousaine spécialisée dans le transfert d’ADN et d’ARN par bioproduction vise une mise sur le marché de son vaccin d’ici à la fin de 2022. Sa technologie a donné lieu à la délivrance de cinq familles de brevets dans les principaux pays du monde.

« Notre vaccin n’est pas formulé comme ceux de Pfizer ou de Moderna, qui synthétisent l’ARN à partir de procédés chimiques. Nous produisons le vecteur ARN à partir de cellules humaines, c’est-à-dire qu’il est bioproduit, ce qui lui confère une efficacité différente et le rend indépendant des matières chimiques. Ce nouvel outil de lutte contre le Covid sera une souveraineté française. Il sera adaptable rapidement à de nouveaux variants ou à d’autres virus et permettra de faire face à de nouvelles pandémies en France en un mois et non pas en un an », développe Pascale Bouillé, PDG de la biotech, créée en 2005 sous le nom de Vectalys puis devenue Flash Therapeutics en 2018.

Un vaccin produit dans une nouvelle usine de biomédicaments à Toulouse

Les premières études sur l’animal sont menées au laboratoire Cemipai-CNRS de Montpellier avec des retours attendus ces jours-ci. Pour la suite du développement en phase 1 et 2 sur des patients, Flash Therapeutics devra s’appuyer sur un grand laboratoire pharmaceutique partenaire. « Une collaboration comparable à celle de la start-up allemande BioNTech avec Pfizer. Mais pour notre part, nous souhaitons coopérer avec une pharma nationale pour garder notre technologie française de bout en bout. Sanofi est déjà exclu, car ils viennent de conclure un accord avec l’Américain Translate Bio pour des essais sur un vaccin à ARN messager », regrette Pascale Bouillé.

Flash Therapeutics fabriquera en série son vaccin dans sa nouvelle plateforme de bioproduction de 3.000 m2, actuellement en chantier à Toulouse pour une mise en service à mi-2022. La biotech a obtenu un premier soutien de l’État en avril 2021, à hauteur de 1,5 million d’euros dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt, partie du plan France Relance et, dernièrement, une deuxième dotation d’un million d’euros de la Région Occitanie. Mais pour couvrir son investissement ainsi que ses développements en cours, la start-up prévoit de boucler un tour de table bien plus conséquent, auprès de fonds français de croissance d’ici à début juillet. Pour rappel, l’usine de bioproduction d’Evotec à Toulouse, de plus de 10.000 m2, donc d’une surface quatre fois supérieure, nécessite un investissement de 150 millions d’euros.

Marché de la bioproduction pharmaceutique en plein boom

La technologie développée par Flash Therapeutics est applicable à d’autres candidats-médicaments pour soigner des maladies causées par le dysfonctionnement d’une protéine ou d’un gène. Elle ouvre la voie à des thérapies contre des maladies génétiques, des cancers ou des maladies infectieuses. La biotech vient de livrer des premiers lots cliniques à l’APHP pour des essais de thérapies innovantes de transfert d’ADN contre certaines maladies incurables.

Dans le cadre d’un programme soutenu par la Commission européenne, elle collaborera en 2022 avec le CHU de Toulouse dans la prise en charge du lymphœdème par des lots ARN, chez des patientes atteintes de cancer du sein. « Le marché de la bioproduction de transfert d’ARN et d’ADN explose. Et aux États-Unis, des sociétés de ce type manquent. Malheureusement, en France, nous avons eu du mal à convaincre. En 2018, Bpifrance n’avait pas donné suite à notre demande de financement car ils estimaient que le marché de l’ARN en général n’était pas assez mature pour son passage à l’industrialisation. La France doit faire confiance à ses chercheurs et les financer, car, avant d’être un médicament, c’est une technologie qu’on développe », explique Pascale Bouillé.

Depuis quinze années, Flash Therapeutics autofinance la moitié de ses investissements en recherche et développement. La biotech de 35 personnes a réalisé 2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, dont 50% à l’international. La dirigeante anticipe un doublement annuel de son activité dans les trois années à venir.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Pascale Bouillé, PDG de Flash Therapeutics, est docteur en biologie moléculaire et cellulaire de l’université Pierre et Marie Curie. Elle a effectué son post-doctorat à l’Institut Pasteur et a travaillé pour le Genethon entre Paris et Harvard de 1998 à 2003. Crédit : Hélène Ressayres - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Toulouse-Flash-Therapeutics-prevoit-un-vaccin-a-ARN-contre-le,31348