Transport aérien. Avec la crise, la plateforme aéroportuaire de Toulouse vit en apnée

Au-delà de l’entreprise Aéroport Toulouse-Blagnac, ce sont plusieurs milliers d’employés de sous-traitants qui sont concernés par le ralentissement du trafic aérien. Reportage.

Pas un chat, ou presque. Un jeudi de mars, à la mi-journée, le silence est étourdissant. Les parkings voitures sont quasi déserts, les allées de l’aéroport Toulouse-Blagnac presque vides. Le sixième aéroport de France vit ses jours les plus sombres. Le trafic s’est s’effondré en 2020 de 67% avec 3,1 millions de passagers.
Pourtant en croissance soutenue jusque-là, l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB) frôlait les 10 millions de passagers les deux années précédentes. Si cette entreprise emploie 340 collaborateurs (chiffre de 2020), la plateforme aéroportuaire est un écosystème économique bien plus large. Elle accueille environ une centaine d’entreprises pour un total de 4500 emplois. La zone aéroportuaire, celle qui entoure cette même plateforme, enregistre 9000 emplois indirects.

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« Nous avons du mal à avoir une vision globale et claire de la situation », note Rodolphe Robert, membre de la coordination CGT de la plateforme, qui regroupe dix-huit entreprises. « Les sociétés sont nationales et agissent indépendamment les unes des autres. Elles rencontrent cependant les mêmes problématiques : elles sucrent les avantages sociaux », assure-t-il « inquiet ».

« La bérézina pour les semaines à venir »

La compagnie Air France, elle, a déjà annoncé la couleur : une cinquantaine de postes à l’escale - comprendre sur la zone aéroportuaire - devraient être supprimés d’ici fin 2022 dans le cadre d’un plan de départs volontaires.

Chez Sasca, la société d’avitaillement et de stockage de carburants aviation qui emploie vingt-sept personnes à Toulouse-Blagnac, les conséquences se font également ressentir. La baisse d’activité pour ce pétrolier, filiale de Total, est notable. « Avant le Covid-19, il y avait 150 vols par jour. Aujourd’hui, nous sommes à une trentaine », constate une source. « Les avitailleurs ne sont pas au chômage partiel mais en autorisation d’absence payée. Ce statut est renouvelé chaque mois par la direction. Les salariés, eux, sont dans l’incertitude », ajoute-t-elle. « Alors, on attend. »

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Du côté des taxis, la situation est alarmante. Les cinquante-cinq chauffeurs attitrés à l’aéroport constatent une réduction significative de leur activité, de l’ordre de 80%, avance Stéphane Abeilhou, président de l’union nationale des taxis en Occitanie. « Les aides (de l’État, NDLR) sont une bouée d’oxygène et nous permettent de survivre », précise le président, qui avoue « vivre sur le dos de (s)a femme ». Les taxis « se rabattent sur le transport médical » pour se diversifier en attendant la reprise du trafic aérien. « Cela va être encore la bérézina pour les semaines à venir », craint Stéphane Abeilhou, qui veut pourtant conserver un certain optimisme. « Il va nous falloir cinq ans pour nous relever, mais on va y arriver. »
Audrey Sommazi

Sur la photo : la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac est déserte. D’ordinaire, 10 millions de passagers passent par la zone chaque année. Crédits Rémy Gabalda - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Transport-aerien-Avec-la-crise-la-plateforme-aeroportuaire-de,30881