Aude. Étude contre étude dans la vallée de l’Orbiel

Au centre d’un rapport sénatorial sur la pollution des sols, la vallée de l’Orbiel, l’un des sites les plus pollués de France après cent ans d’exploitation minière, fait l’objet de nouvelles études. Alors que les associations veulent démontrer la poly-exposition des riverains, l’ARS se limite à l’arsenic.

Dans la vallée de l’Orbiel, où elles dénoncent depuis plusieurs années les pollutions liées aux anciennes mines d’or et d’arsenic de Salsigne ainsi que « le déni et l’absence de suivi de l’État », les associations de défense des riverains ne désarment pas. D’ici à la fin du mois, elles rendront public le bilan d’une campagne de dépistage de 49 métaux et produits toxiques menée chez une centaine d’habitants de la vallée audoise. Une opération, lancée en juillet dernier, dont le coût de 10.000 euros a été financé par Terres d’Orbiel et le Secours catholique avec le soutien de la Fondation de France. Les premiers résultats montrent la présence chez les personnes, testées au plomb, au mercure, à l’argent et à l’arsenic, de cinq à six métaux et produits toxiques en moyenne. Leurs cheveux ont été analysés par un laboratoire de la région parisienne (ToxSeek). Robert Montané, testé en août, sait déjà que son niveau d’exposition est « à risque » pour l’arsenic. Cet ancien mineur habite toujours dans la vallée de l’Orbiel, à proximité du dépôt de l’Artus où sont stockés 11 millions de tonnes de résidus miniers chargés en polluants.

Étude de l’ARS

Sur tous les fronts, les associations dénoncent en même temps l’inutilité de l’étude que l’Agence régionale de santé de l’Aude (ARS) a confiée à l’équipe « Pollutions minières environnement et santé » du laboratoire montpelliérain HydroSciences. Cette étude d’imprégnation en arsenic, prévue pour démarrer en septembre, sera menée chez 300 enfants âgés de 3 à 11 ans, 150 résidant dans d’anciens bassins miniers, à Salsigne et dans les Cévennes gardoises et l’autre moitié, à proximité, dans des sites « témoins ». « Il s’agit d’une étude bidon, de la poudre aux yeux. Elle ne s’appuie sur aucune cartographie précise de la pollution. Nous ne comprenons pas qu’elle se limite aux seuls enfants et surtout à l’arsenic. Notre propre étude a révélé la présence de nombreux autres produits toxiques. La poly-exposition des habitants de la vallée est totalement négligée. L’arsenic, c’est l’arbre qui cache la forêt », explique Gérard Balbastre, du Secours catholique.

Vers une loi de protection des sols ?

La pollution de la vallée de l’Orbiel, révélée au grand jour en juin 2019 avec la surexposition de plusieurs enfants à l’arsenic, huit mois après les inondations d’octobre 2018, n’a cessé depuis de faire l’actualité. Elle est au cœur d’un rapport de la commission d’enquête du Sénat sur la pollution des sols dont les conclusions ont été rendues ce jeudi 10 septembre par la sénatrice socialiste de l’Aude, Gisèle Jourda. Ce rapport, adopté à l’unanimité, s’appuie sur 34 auditions et tables rondes, deux déplacements, dans la vallée audoise et dans le Val-de-Marne entre février et juillet 2020. Il a pour principale ambition de poser les jalons d’un véritable droit européen et national de la protection des sols.
Johanna Decorse

Sur la photo : Robert Montané, testé en août, sait déjà que son niveau d’exposition est « à risque » pour l’arsenic. Cet ancien mineur habite toujours dans la vallée de l’Orbiel, à proximité du dépôt de l’Artus où sont stockés 11 millions de tonnes de résidus miniers chargés en polluants. Crédit photo : Rémy Gabalda - ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/Aude-Etude-contre-etude-dans-la-vallee-de-l-Orbiel,29414