Claire Fita, Région Occitanie : « Sur l’audiovisuel, nous voulons passer à la vitesse supérieure »

Soutien aux salles de cinéma, à la production ou à l’installation de studios de tournages... L’Occitanie veut poursuivre et amplifier en 2023 ses politiques en faveur de l’audiovisuel. Claire Fita, vice-présidente de la Région en charge notamment de la Culture pour tous, fait le point sur l’action régionale en la matière pour le second mandat de Carole Delga.

Les professionnels de l’audiovisuel se sont interrogés toute l’année dernière sur la meilleure façon de faire revenir les spectateurs dans les cinémas après la crise sanitaire. Pouvez-vous nous présenter le dispositif La salle d’à côté dont c’est justement l’objectif ?
En Occitanie, nous avons un gros réseau de cinémas art et essai [1]. Nous étions donc particulièrement inquiets, comme l’ensemble des professionnels. En 2021, nous avons lancé La salle d’à côté, qui en est désormais à sa deuxième édition d’expérimentation. C’est un dispositif unique en France, qui est piloté par Occitanie Films, l’agence régionale du film. Son directeur, Karim Ghiyati, et ses équipes mettent en œuvre cette opération.

Des étudiants en cinéma ou en communication de niveau master signent des contrats d’alternance ou effectuent des stages dans des structures telles que le festival Cinelatino à Toulouse, le cinéma Ciné 32 dans le Gers ou encore l’Association des producteurs indépendants de la filière audiovisuelle d’Occitanie (Apifa). Ces jeunes organisent des soirées courts-métrages, des avant-premières, des ateliers ou des programmations spéciales [2].

Il y a eu, par exemple, fin 2022, une soirée avec le réalisateur Mathieu Almaric, qui est venu présenter son prochain film, un documentaire sur un jazzman à l’American Cosmograph, à Toulouse. Le prochain événement aura lie le 14 janvier au cinéma Nestor Burma de Montpellier, avec la projection du long-métrage Pétaouchnok, avec la présence du photographe de plateau du film, Roger Arpajou. À travers ces rencontres, l’objectif est d’attirer le public de nouveau vers les salles de cinéma, de redonner l’envie des salles obscures.

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Si vous poursuivez l’expérimentation, c’est que les premiers retours sont positifs ?
Il y a d’abord un retour enthousiaste de la cinquantaine d’étudiants parties prenantes. Il y en aura une soixantaine désormais. Mais il y a surtout les retours satisfaits des salles de cinéma, car le public était à chaque fois présent. Il faut néanmoins continuer d’évaluer la formule pour l’améliorer.
Nous allons retravailler en ce début d’année avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) notre convention sur la production de films et l’éducation à l’image. Nous allons aborder aussi ensemble cette question des publics. Les tous derniers chiffres de fréquentation au niveau national sont un peu meilleurs qu’attendus [3]. Restons donc optimistes !

Le mois dernier, face aux entrepreneurs régionaux, Carole Delga a loué le succès de la politique régionale en matière de soutien aux industries culturelles et créatives (ICC) et tout particulièrement à l’audiovisuel. Comment poursuivre ces efforts pour la suite de ce second mandat ?
L’audiovisuel a une dimension beaucoup plus capitalistique que d’autres formes artistiques. Nous avons apporté un soutien important au secteur, de l’ordre de 5 millions d’euros par an, ce qui a donné des résultats puisque nous sommes la deuxième région en France en termes de jour de tournages. La diversité de nos paysages et la compétence de nos techniciens ont convaincu, ainsi que le fait que nous ayons mis de l’ingénierie à disposition de ces équipes, à travers Occitanie Films et les bureaux de tournages locaux.
Nous allons faire en sorte que l’élan ne s’arrête pas. Sur ce deuxième mandat, nous voulons passer à la vitesse supérieure. Par exemple, sur l’installation de studios de tournages, il y a des initiatives d’envergure à venir, notamment du côté est de la Région. Les professionnels ne cherchent pas forcément uniquement nos financements, mais aussi notre capacité à réunir les collectivités territoriales et le CNC, par exemple dans le cadre d’appels à projets pour le plan de relance France 2030. Nous avons vocation à être des médiateurs, des facilitateurs. Les studios de cinéma pourraient générer des milliers d’emplois sur nos territoires. L’audiovisuel, c’est aussi une question de souveraineté. La région actionnaire pourrait prendre sa part à certains grands projets.

Ces grands projets vont-ils avancer dès cette année ?
À la fin de ce premier trimestre 2023, nous aurons de premières réponses. Des acteurs privés ont rendu des projets auprès du CNC. Nous les avons accompagnés dans la rédaction des dossiers et nous espérons entrer dans une phase opérationnelle courant 2023. Le patron du CNC nous a assuré de l’attention de son organisation vis-à-vis de l’Occitanie car il voyait bien que nous étions l’une des régions les plus volontaristes au sujet de l’audiovisuel.

En novembre s’est lancée Pom TV, une plateforme qui se veut « la vitrine de l’excellence de la création audiovisuelle régionale ». Allez-vous soutenir cette télévision en ligne ?
Nous n’allons pas la soutenir pour le moment. Nous avons rencontré son équipe plusieurs fois. Leur démarche est intéressante, nous la suivons de près, mais nous attendons que la plateforme s’installe, que leur modèle soit consolidé.
Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Claire Fita, vice-présidente de la Région Occitanie en charge de la Culture pour tous, du patrimoine et des langues régionales. Crédit : Boutonnet L- Daranaud A / Région Occitanie.

Deux chiffres en + :
250 millions d’euros : Montant que les plateformes (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+) se sont engages à verser dans la création audiovisuelle française. Pour les régions de France, c’est un espoir de voir plus de tournages se réaliser dans leurs territoires.

20,5 millions d’euros : Le montant dépensé par la Région Occitanie pour former les demandeurs d’emplois vers les métiers des ICC.

Notes

[1Plus de 300 salles comptabilisées en 2021.

[2110 salles de cinéma sont partenaires dans 123 communes de treize départements. 360 séances ont été organisées. Deux universités sont partenaires : Jean-Jaurès à Toulouse et Paul-Valéry à Montpellier.

[3La fréquentation ne s’est pas complètement effondrée. Elle atteint 152 millions d’entrées en 2022 selon le CNC. Ce résultat est en retrait de -26,9 % par rapport à la période pré-Covid mais supérieur de +59,2 % à 2021, année marquée toutefois par 138 jours de fermeture des salles. « Des résultats meilleurs que les autres pays européens », selon le Centre national du cinéma.

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Source : https://www.touleco.fr/Claire-Fita-Region-Occitanie-Sur-l-audiovisuel-nous-voulons,36381