Covid-19. À Toulouse, les commerçants incertains pour leur avenir

Depuis la fermeture de leurs boutiques pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, les commerçants toulousains tentent d’obtenir des informations sur leur prise en charge dans le cadre de cette crise sanitaire. Témoignages de trois commerçants de divers secteurs d’activités.

Depuis l’annonce de la fermeture des commerces non essentiels au fonctionnement du pays, les commerçants indépendants aujourd’hui confinés vivent entre anxiété et incertitude. Si tous comprennent les mesures de confinement, ils ont du mal à obtenir des informations quant à leur prise en charge par l’État. Trois commerçants toulousains, un fleuriste, une gérante d’un magasin de textile et un couple de libraires, témoignent de leurs quotidiens.

« Je ne remplis pas les critères du gouvernement »

Damien Chiron, 49 ans, est fleuriste sur l’avenue Saint-Exupéry depuis décembre 2015. Cet auto-entrepreneur a fermé sa boutique, Les Fleurs de Monsieur Rosa Bonheur, la mort dans l’âme dimanche matin, se contentant de donner leurs commandes aux derniers clients. Il a été contraint de jeter environ 1.000 euros de marchandises, des fleurs coupées, périssables. « Et encore, j’avais bien travaillé le samedi et je fais mes commandes d’une semaine à l’autre », raconte-t-il. « Le gouvernement dit que les charges sociales sont reportées mais pas annulées : il faudra bien les payer à la reprise de l’activité. Ma comptable s’est renseignée sur les aides que je pourrais avoir avec le fonds de garantie mis en place pour le gouvernement, mais il faut remplir des critères. Apparemment, je n’ai droit à rien car je suis pacsé avec mon conjoint qui continue aujourd’hui à travailler ». Ce fleuriste s’inquiète surtout de la durée de l’arrêt de son activité. Sa profession remplit sa trésorerie grâce aux mois de mars-avril-mai-juin avec Pâques et la Fête des Mères. « D’habitude ces mois-là nous permettent de passer les mois d’été, plus calmes, mais si nous rouvrons que mi-juin, c’est la catastrophe pour nos trésoreries ».

Peu de trésorerie et manque d’informations

Pour les magasins de textile, qui se retrouvent avec tous leurs stocks d’hiver, l’état d’esprit est aussi à la morosité. Pour la gérante d’une boutique franchisée à deux pas du Capitole et d’une autre dans une centre commercial de l’agglomération, c’est l’attente pour savoir quelles sont ses démarches afin de limiter les dégâts. Après avoir souffert durant plus d’un an des manifestations des Gilets jaunes, cette crise sanitaire est le couperet. « Nos stocks ne vont plus se vendre en mai et après il y aura les soldes donc pas de marge pour nous », souligne cette jeune femme de 36 ans. « J’avais mis en place des primes trimestrielles pour certains salariés mais ce ne sera plus possible. J’ai une redevance de 15.000 euros par mois par magasin, donc si cela dure deux mois, vous imaginez la perte ! J’attends de savoir en quelle mesure va m’aider ma franchise mais pour les commerçants indépendants, je ne vois pas comment ils vont s’en relever ».

Pour les librairies indépendantes, la situation est aussi compliquée. Alors qu’ils avaient lancé leur librairie-café Le Chameau Sauvage en novembre dans le quartier de Barrière de Paris, Elias et Aude Farès ont du fermer boutique le 14 mars. « L’entreprise est déjà fragile, sans crise, alors là c’est l’incertitude sur la suite », confie le couple. L’envoi des nouveautés à paraître a été interrompu par les diffuseurs et les livres de janvier vont en revanche leur rester sur les bras. Ils s’inquiètent des lourdes charges qu’ils auront à payer après seulement quatre mois d’activité et pas de réel chiffre d’affaires. « Nous devons payer pour l’implantation de la boutique et les charges sociales à terme, sans savoir si nous bénéficierons des mesures mises en place par le gouvernement », expliquent Aude et Elias Farès, qui précisent avoir reçu de nombreux messages de soutiens sur les réseaux sociaux. « Notre crédit bancaire sera peut-être reporté mais nous nous inquiétons aussi de la concurrence des grands leaders sur internet alors que les librairies, elles, sont fermées ».
Julie Rimbert

Sur les photos : Damien Chiron, fleuriste sur l’avenue Saint-Exupéry et Aude Farès, co-fondatrice du Chameau Sauvage. Crédits : J.R. et V.C. - ToulÉco.

Réagir à cet article

Source : https://www.touleco.fr/Covid-19-A-Toulouse-les-commercants-incertains-pour-leur-avenir,28357