Covid-19. Bras de fer dans les usines autour de la reprise de l’activité

Dans le secteur privé comme dans le public, la question de la poursuite ou de la reprise d’activité en pleine période de pandémie inquiète de nombreux salariés. Chez Bosch, Latécoère, Ateliers de Haute-Garonne ou Capgemini, les syndicats demandent la fermeture des sites et des usines.

Une décision « monstrueuse, à la fois criminelle et stupide ». La CGT n’a pas mâché ses mots devant la décision de la direction de Latécoère de rouvrir ce mardi 24 mars ses unités de production de Toulouse, Montredon et Gimont après plusieurs jours de fermeture. Consulté lors d’un comité social et économique la veille, le troisième syndicat du groupe a rendu un avis défavorable. Force ouvrière et la CFE-CGC se sont abstenues.

« La seule mesure de bon sens, c’est le confinement. Il est impossible de réunir des gens dans des usines et de garantir leur sécurité, même avec des mesures de protection, même à effectif réduit. Accès à la fontaine à eau, ordre de fabrication qui passe entre plusieurs mains avant d’arriver dans celles du compagnon... À chaque instant, on risque une propagation du virus », affirme Florent Coste, pour la CGT Latécoère qui a appelé l’ensemble des salariés à refuser de reprendre le travail et à exercer leur droit de retrait.

Directrice des ressources humaines France chez Latécoère aérostructures et Systèmes d’interconnection, Laurence Daubert rappelle que la priorité du groupe est d’abord « la santé de ses salariés ». « La survie de l’entreprise et la réponse aux attentes des clients qui, comme Airbus ou Embraer ont repris partiellement et attendent la même chose de nous, viennent après », souligne-t-elle. « Le gouvernement nous demande à la fois de reprendre le travail et de nous confiner. Cette injonction contradictoire nous la comprenons car il y aura un pays à relever derrière mais nous la subissons aussi et c’est donc très désagréable de nous faire traiter d’assassin ».

Ainsi, après quatre jours de fermeture qui ont permis, précise Laurence Daubert, de « mettre en œuvre des protocoles très précis » pour assurer la sécurité des salariés, l’activité a repris partiellement dans tous les sites français de Latécoère ce mardi 24 mars avec environ 10% des effectifs. Les équipes, qui travaillent en 2/8, interviennent le matin et l’après-midi, sans se croiser. À leur arrivée, un « brief » leur rappelle les mesures d’hygiène ( lavage des mains toutes les heures), les distances à observer y compris dans les vestiaires où l’accès est limité. Les postes de travail ont été réaménagés, leur nettoyage renforcé et les déplacements réorganisés, précise l’équipementier. « Nous allons continuer cette reprise partielle si tout se passe dans de bonnes conditions, en fonction du retour d’expérience que nous ferons les salariés, les managers et les partenaires sociaux », assure Laurence Daubert.

Reprise à « marche forcée »

La CGT monte aussi au créneau aux Ateliers de Haute-Garonne, spécialisés dans la fabrication de rivets pleins pour l’aéronautique. Elle accuse la direction de reprendre l’activité à « marche forcée ». Après avoir acté au lendemain de la mesure de confinement une fermeture de quinze jours, celle-ci a finalement engagé un redémarrage progressif de l’activité dès cette semaine. « Pour ne pas se fâcher avec Airbus qui a repris, nous a dit le patron. On nous demande de livrer en urgence des rivets pour assembler des avions qui seront livrés à des compagnies aériennes qui de toute façon ne font pas voler leurs avions ou les font voler à vide. Ce n’est pas l’urgence » affirme Gaétan Gracia, ouvrier et militant CGT.

Même discours chez Bosch Rodez mais cette fois de la part de tous les syndicats de l’usine. Fermé depuis le 17 mars sous la pression des salariés, le site d’Onet-le-Château devait rouvrir ce mercredi 25 mars mais la direction a finalement repoussé la reprise partielle au 30 mars, le temps de réorganiser les postes de travail. Une vingtaine de salariés, cadres et responsables d’ateliers, sont sur site pour mettre en place les mesures de protection sur les chaînes de fabrication. Présenté lundi en visioconférence, un plan de continuité de l’activité a été refusé par l’intersyndicale CGT, Sud, CFDT, CFE-CGC.

À noter que d’autres entreprises comme Actia ont décidé de « faire suite aux directives de confinement » en fermant leurs sites et n’envisagent de réouverture qu’au 1er avril.
Johanna Decorse

Sur la photo : un salarié de la nouvelle chaîne de Latécoère à Toulouse. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Dans les services aussi, la grogne monte

Après Téléperformance où une quarantaine de salariés du centre d’appels de Blagnac ont fait valoir la semaine dernière leur droit de retrait, la CGT Capgemini a lancé trois droits d’alerte pour dangers graves et imminents et demande la fermeture des quatre sites toulousains. Chez les clients ou sur site, les salariés qui travaillent dans des open-spaces et changent de bureau tous les jours expliquent ne pas pouvoir respecter les mesures de distanciation, ne pas disposer de masques, de gants ou de gel pour se protéger.

De son côté, la direction de Téléperformance dit « mettre tout en œuvre pour assurer la protection des collaborateurs et contenir la propagation du virus », en se conformant « à l’ensemble des consignes de sécurité des pouvoirs publics : respect de la distanciation sociale, nettoyage régulier des postes de travail, des centres et des bureaux, ou encore rappel systématique des gestes barrières ». Mais pour les salariés, la seule alternative reste le télétravail. Difficile à généraliser répondent les entreprises sans l’accord de tous leurs clients qui craignent pour la protection de leurs données.

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Source : https://www.touleco.fr/Covid-19-Bras-de-fer-dans-les-usines-autour-de-la-reprise-de-l,28363