Depuis Toulouse, des salariés s’inquiètent « de la mort » de la Banque Courtois

L’absorption de la Banque Courtois par la Société Générale au 1er janvier 2023 signe la fin de la plus ancienne banque française, créée en 1760 à Toulouse. Cette fusion va se traduire par la suppression de 150 postes d’ici à 2025 dans le nouveau réseau fusionné, dont une trentaine au siège historique de la rue de Rémusat, qui pourrait disparaître.

Les mails sont partis le 7 novembre, provoquant désemparement et colère chez les salariés de la Banque Courtois qui travaillent au siège historique de la banque toulousaine, au 33 rue de Rémusat. D’ici à mai 2023, trente-cinq postes vont être supprimés, soit la totalité des services du back-office, qui comprend les opérations commerce extérieur, le juridique, le service de prêts aux particuliers et aux professionnels. Une « première vague » avant la fermeture, d’ici à octobre prochain, de dix agences de la Banque Courtois à Montauban, Millau, Saint-Girons ou encore Dax et Arcachon en Nouvelle-Aquitaine, entraînant trente-huit nouvelles suppressions de postes.

Chiffres à l’appui, les représentants CFDT de la Banque Courtois - minoritaires dans l’entreprise derrière le SNB CFE-CGC - égrainent les premières conséquences de l’absorption par la Société Générale des huit banques du groupe Crédit du Nord, dont fait partie la leur. Fondée à Toulouse en 1760 par la famille Courtois, elle compte actuellement 582 salariés et 76 agences sur un territoire allant de l’Atlantique à la Méditerranée.

« Il nous aura fallu deux ans pour obtenir des éléments chiffrés sur les fermetures de sites et de services programmées sur le périmètre de la Banque Courtois dès 2023 », souligne Michèle Bleuse, élue CFDT au comité social et économique, qui dénonce « un manque de transparence » et regrette « la mort » de la Banque Courtois.

« C’est un fait. Au 1er janvier 2023, la Banque Courtois en tant qu’entité juridique va descendre l’enseigne et être rayée du registre du commerce de Toulouse. Les conséquences de cette absorption sont des suppressions de postes, sans départs contraints certes, mais cela reste de la destruction d’emplois. Les salariés qui ont reçu le mail leur indiquant que leur poste était supprimé doivent chercher où ils peuvent se reclasser. Nous craignons des mutations contraintes. Le projet de la Société Générale n’est pas de créer une "nouvelle banque" comme elle l’affirme de façon déloyale. Il s’agit seulement d’un projet d’absorption de filiale et de réduction des coûts », affirme la syndicaliste.

Pas de licenciement

Cette fusion, qui va s’opérer sur trois ans à partir du 1er janvier 2023 dans le cadre d’un accord de rupture conventionnelle collective (RCC), est prévue pour durer jusqu’au 31 décembre 2025. À cette date, le nouvel ensemble bancaire aura procédé, selon le syndicat CFDT, à 3724 suppressions nettes de postes en France, concentrées à 80 % dans les agences du groupe. Sur le périmètre de la SG Courtois, nom donné à la future direction régionale des deux réseaux fusionnés, quarante nouveaux postes vont être créés mais, dans le même temps, 155 seront supprimés au total d’ici à fin 2025.

« Nous allons passer de 1690 à 1535 collaborateurs mais il n’y aura aucun départ contraint, aucun licenciement », insiste Charlie Pirès, l’actuel DRH de la Banque Courtois, appelé à occuper les mêmes fonctions au sein de la délégation régionale SG Courtois. La banque compte sur les départs naturels et le reclassement interne et dit s’être donnée, avec cet accord de RCC courant sur trois ans, « une marge de manœuvre pour ne pas être brutal socialement ».

Fin du siège ?

Elle défend évidemment la logique de ce rapprochement entre les deux réseaux, décidé dès 2020. « La Banque Courtois est une filiale à 100 % du Crédit de Nord depuis 1992, lui-même filiale à 100 % de la Société Générale depuis 1997. Cela fait 25 ans que nous appartenons donc à la Société Générale. La décision a été prise de créer une nouvelle banque pour devenir un acteur bancaire de premier plan en France, au service de plus de 10 millions de clients », développe Jean-Christophe Baizeau. Le directeur de la communication de la Banque Courtois explique que ce projet « offensif » a pour objectif de faire entrer le nouvel ensemble dans le « top 3 de la satisfaction clients » et va donner aux futures directions régionales un « pouvoir décentralisé important ».

Le rapprochement des réseaux Société Générale et Crédit du Nord pourrait aussi signer la disparition du siège historique de la Banque Courtois, rue de Rémusat, où travaillent 167 personnes actuellement. « La future direction régionale de la SG Courtois devrait être localisée ailleurs à Toulouse. On nous a expliqué oralement que le siège n’avait pas vocation à perdurer », explique la CFDT. La direction de la banque indique pour sa part qu’« aucune décision n’est arrêtée » et que « plusieurs scenarii sont à l’étude ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Le siège historique de la Banque Courtois pourrait faire les frais du rapprochement entre les réseaux Société Générale et Crédit du Nord dont la banque toulousaine est filiale à 100 %. Crédit : J.D.

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Source : https://www.touleco.fr/Depuis-Toulouse-des-salaries-s-inquietent-de-la-mort-de-la,36042