Législatives. En Aveyron, un scrutin incertain

Deux des trois circonscriptions de ce département rural, qui ont vu une progression du Rassemblement national lors de la dernière présidentielle, devraient être disputées aux élections législatives. Sans surprise, la première devrait rester entre les mains du parti de la majorité présidentielle.

« Ici, tout se meurt, il n’y a plus rien », constate, amer, Robert Pretet, gérant de la brocante-garage, le regard dirigé vers la rue Jules Cabrol, l’une des artères principales de la petite ville d’Aubin. « Avant, il y avait quatre pompes à essence. Là, une imprimerie. Mais on est écrasés par les charges. On vivote. Avec Macron et ses réformes, on y perd toujours quelque chose, et, avec lui, ce sera le bordel. Alors je vais voter, comme au premier tour de la présidentielle, pour le Rassemblement national », poursuit-il, en colère.

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Dans la plupart des communes du bassin de Decazeville, hormis la ville de Decazeville, le RN a gagné du terrain à l’élection présidentielle : à Boisse-Penchot, le parti d’extrême droite a recueilli 61,34 % des voix, à Cransac-les-Thermes 55,43 %, et à Aubin, 53,60 %. À Viviez, commune sur laquelle était implantée la fonderie Sam, fermée définitivement laissant sur le carreau 333 salariés, le parti de Marine Le Pen est arrivé en tête, avec 52,08 % des voix. 

« Pour faire simple, cette vallée est un peu le Hénin-Beaumont de l’Aveyron », observe Bruno Leleu, le délégué RN du département et candidat dans la deuxième circonscription. Ce chef d’entreprise, qui organise des soirées pizza en petit comité pour convaincre les indécis, n’est pas le seul parti d’extrême-droite à se lancer dans la course électorale. Les Patriotes et Reconquête tentent aussi leur chance.

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« On a ramassé avec lui pendant le confinement »

Face à eux, Samuel Deguara, le candidat de Renaissance (anciennement La République en marche), qui succède à Anne Blanc, la députée sortante qui ne brigue pas un nouveau mandat. Et Laurent Alexandre, maire d’Aubin, candidat sans étiquette, investi par la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes). Il peut compter sur le soutien d’Angélique Delabrousse, la gérante du restaurant le Grizou, à Aubin, qui pourtant avait voté Marine Le Pen en avril. « J’en voulais à Macron. On a ramassé avec lui pendant le confinement. Il avait décidé de fermer les restaurants alors que Marine, même si elle n’est pas irréprochable, était là pour nous », explique la jeune femme. « Mais je vais faire le grand écart et voter pour notre maire. Il est sérieux et à l’écoute de la population. »

Si les responsables politiques locaux sont unanimes, estimant que Stéphane Mazars, député sortant Renaissance de la première circonscription, devrait être réélu, la troisième circonscription est un autre enjeu du scrutin.

Troisième circonscription, un autre enjeu

Déjà, le député Les Républicains (LR) Arnaud Viala, élu en 2017, avait démissionné de son mandat législatif en juillet 2021 pour prendre la présidence du conseil départemental, laissant vacant le siège. Et, en avril, la vague RN avait aussi déferlé sur les communes rurales de ce vaste territoire du sud de l’Aveyron. Dans trois jours, le RN va tenter d’en tirer profit. « Le parti a fait de beaux scores dans cette France des oubliés pour plusieurs raisons. La mobilité est un gros souci et l’offre de santé n’est pas adaptée à la population vieillissante », estime Bruno Leleu. « Jean-Christophe Cazorla fait une belle campagne. Le scrutin est ouvert et il a une chance. »

Mais Lysiane Tendil, de Reconquête, est aussi en embuscade, tout comme Jean-François Rousset, candidat Renaissance, Michel Rhin, candidat de La France insoumise (LFI) et Christophe Saint-Pierre (LR).
Audrey Sommazi

Sur les photos : Des ex-ouvriers de la Sam avaient brûlé leur carte électorale pour dénoncer le manque de soutien de l’État. Pendant, la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon (LFI) était venu en meeting à Aubin, une commune encore marquée par son passé minier. - Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/En-Aveyron-un-scrutin-incertain-pour-les-legislatives,34503