Législatives. Pourquoi Carole Delga s’investit autant

Très impliquée dans la campagne des législatives qui commence, Carole Delga se fait aussi entendre au plan national. Opposée à l’accord conclu entre le PS et La France Insoumise, elle sera d’ailleurs ce samedi dans les Pyrénées-Atlantiques pour soutenir le candidat dissident David Habid.

Son soutien à Anne Hidalgo, dont elle a été la porte-parole durant l’élection présidentielle, sa présence lors d’un dîner au Sénat le 6 avril dernier aux côtés de plusieurs ténors du PS pour préparer l’après premier tour, et son initiative de rassemblement contre l’extrême-droite à la veille du second, ont posé les bases de sa stratégie pour s’imposer à l’échelle nationale.

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Le deuxième acte s’écrit en ce moment, alors que Carole Delga gagne encore en visibilité et en notoriété. La présidente de la Région Occitanie a fait partie des premières voix à afficher son opposition à l’alliance entre le PS et La France Insoumise pour les législatives des 12 et 19 juin, qui a donné naissance à la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Dès le 5 mai, elle a dénoncé dans une « Lettre à la gauche » « une union de façade » et des « jeux d’appareils », lui préférant « une union claire, sincère, crédible et durable ». « Cette union, elle existe en Occitanie avec des politiques de gauche assumées et revendiquées (…) Je soutiendrai donc les candidats de gauche qui s’engageront avec clarté, en fidélité avec nos valeurs communes », a indiqué Carole Delga. Ce qu’elle a fait.

Six candidats PS pour l’Occitanie

Avant même la signature de l’accord avec LFI, le PCF et EELV, l’ancienne secrétaire d’État au Commerce sous François Hollande a mené la fronde en Occitanie contre un accord qui prévoit de réserver au PS six circonscriptions sur les 49 que compte la région. Aucune dans l’Hérault, l’Ariège, l’Aveyron, les Pyrénées-Orientales, les Hautes-Pyrénées, le Lot, la Lozère et le Tarn, soit sept départements sur treize. Pour Carole Delga, comme pour de nombreux autres élus locaux, « six candidats, ce n’est pas une juste représentation pour une région qui représente 30 % des militants PS ».

Dans l’Hérault, aux côtés du maire de Montpellier Michaël Delafosse et du président du Département Kléber Mesquida, elle a donc apporté son soutien à Fatima Bellaredj, dissidente déclarée sur la 2e circonscription. Dans le Tarn, où les trois circonscriptions sont détenues par LREM, elle a présenté les candidats PS dès le 28 avril. On saura combien se maintiendront avant le 20 mai, date limite du dépôt des candidature. Dans le Lot aussi, où elle s’est déplacée pour présenter Christophe Proença et Rémi Branco, vice-président du Conseil départemental, flotte un air de dissidence. C’est également le cas en Ariège, où le conseil fédéral du PS a décidé mardi de soutenir les candidatures de Martine Froger et de Laurent Panifous contre les deux députés LFI sortants. Même scénario autour de Maryse Beyrié dans la première circonscription des Hautes-Pyrénées.

En Haute-Garonne, deux socialistes sont officiellement investis par la Nupes, Fabien Jouvé dans la sixième circonscription, et Joël Aviragnet, député sortant de la huitième. Dans la dixième, Simon Viguer vient de décider de retirer sa candidature au profit d’Alice Assier, investie par la Nupes, pour ne « pas diviser la gauche ». « De nombreux candidats potentiels appellent Carole Delga pour lui demander ce qu’ils doivent faire. Elle ne pousse personne et laisse le choix intime à chacun de se déclarer ou non », assure-t-on dans l’entourage de la présidente de Région.

Samedi dans les Pyrénées-Atlantiques

Jour après jour, la fronde s’intensifie en interne. Les déchirements au sein de ce parti moribond pourraient accélérer sa disparition. Dans ce paysage, quel est le projet de Carole Delga ? Après avoir pris ses distances avec le PS national, elle a montré qu’elle pensait à l’avenir. Dans quelle mesure ses positions fortes affichées pour ces législatives peuvent-elle servir ses ambitions personnelles, légitimées par sa réélection en juin 2021 à la tête de la Région Occitanie avec 57 % des voix, un score qui a fait d’elle la présidente de région la mieux élue de France ? Quelle place entend-elle prendre dans la « refondation de la gauche » ? L’ancienne maire de Martres-Tolosane a déjà annoncé vouloir réunir avant les législatives tous les militants en désaccord avec le projet présenté par la direction du parti. Ce rendez-vous se fera probablement en visio. Son idée est de « transformer une situation douloureuse avec, chez certains, un sentiment d’injustice et d’incompréhension, pour en faire quelque chose de positif ». Carole Delga appelle aussi, après l’été, à des « états généraux de la gauche républicaine, européenne et écologiste » au-delà du seul PS.

Depuis plusieurs mois déjà, son investissement ne se limite plus au périmètre régional. Son déplacement, ce samedi 14 mai dans les Pyrénées-Atlantiques, en est une nouvelle preuve. Elle s’y rendra pour soutenir le candidat sortant socialiste David Habid qui, lui aussi, rejette l’alliance conclue entre socialistes et insoumis et a décidé de se représenter dans la 3e circonscription. « Carole Delga est une voix à part mais elle ne fait pas cela pour exister mais par conviction. Son idée est de reconstruire un vrai projet, de rassembler très largement dans un collectif, au-delà du parti socialiste ». Et ce « quelle que soit l’incarnation derrière », souligne un proche de la présidente de région.
Johanna Decorse

Sur la photo : Carole Delga, le 21 avril dernier, lors du concert organisé au Bikini pour dire non à l’extrême droite. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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