Occitanie. La préfecture et les autorités de santé espèrent « un sursaut collectif » face à la deuxième vague

L’agglomération toulousaine vient de passer en zone d’alerte maximale. Un certain nombre d’autres communes basculent au niveau inférieur d’alerte renforcée. Le préfet, tout comme les autorités de santé, appelle les citoyens à la responsabilité dans un contexte de forte aggravation des indicateurs sanitaires.

Toulouse et son agglomération ont basculé ce lundi en zone d’alerte maximale. Conséquence logique du très fort dépassement des seuils d’alerte des trois indicateurs de suivi. Le taux d’incidence est supérieur aujourd’hui à 250 cas pour 100.000 habitants, « un taux de 50 est déjà inquiétant », indique Pierre Ricordeau, directeur général de l’ARS, l’Agence régionale de santé Occitanie. Le taux d’incidence pour les personnes de plus de 65 ans est lui aussi en augmentation dans la métropole, avec plus de 150 cas pour 100.000 habitants, et le taux d’occupation des lits Covid en réanimation est supérieur à 30 %. Les clusters augmentent, notamment dans les Ehpad. « Il y en a cent environ dans la région », selon le directeur de l’ARS Occitanie.

Au CHU de Toulouse, « nous en sommes aujourd’hui à 104 patients Covid. Quinze sont en réanimation, douze en soins intensifs et soixante-dix-sept sont hospitalisés », détaille pour sa part Marc Penaud, directeur général du CHU de Toulouse. « Notre objectif est de ne pas être trop saturé pour pouvoir soigner d’autres malades. »

« Éviter une catastrophique deuxième vague »

« Les chiffres sont bien au-delà du seuil d’alerte. Il faut éviter une pression exagérée sur le système de santé. C’est maintenant qu’il faut casser la dynamique du virus, renforcer les restrictions et appliquer encore plus les gestes barrières. C’est le seul moyen d’éviter une deuxième vague catastrophique », affirme Pierre Ricordeau, de l’ARS Occitanie.

Vincent Bounes, directeur du Samu 31, s’inquiète : « La distanciation sociale n’est pas assez respectée. Je vois trop d’étudiants qui se déplacent en grappe. Et ils mettent ensuite en danger les parents et grands-parents. Il faut appeler à la responsabilité collective désormais. Et puis, même si les bars ferment, ce n’est pas la peine de faire des fêtes dans les appartements ! » On ressent de la lassitude dans la voix du médecin.

« Les professionnels de santé sont extrêmement sollicités, il sont très fatigués et on sent une colère monter. Il y a un mouvement social qui se développe, notamment du côté des infirmières et infirmiers », souligne pour sa part le directeur du CHU de Toulouse.

De nombreuses restrictions

Étienne Guyot, préfet de la région Occitanie, rappelle les restrictions en zone d’alerte maximale annoncées la veille : « Ces restrictions concernent dix-sept communes de l’agglomération [1]. Ce sont celles de la zone d’alerte renforcée auxquelles s’ajoutent la fermeture des salles de sport et des piscines couvertes (sauf pour les mineurs pour les activités scolaires et extra-scolaires) et la fermeture des débits de boisson et des bars. Les salons et foires seront eux interdits. Les restaurants resteront ouverts, mais avec des règles sanitaires renforcées (par exemple une limitation de six personnes maximum par table). »

Un nombre important de communes de Toulouse Métropole, du Sicoval , du Muretain et de la communauté de communes de la Save au Touch passe en zone d’alerte renforcée (masque obligatoire, bars et débit de boisson qui ferment à 22 h, etc.) Le préfet appelle les gendarmes à agir avec discernement dans les zones les plus rurales et à ne pas verbaliser « quelqu’un seul sur un chemin qui n’aurait pas son masque par exemple ».

Le spectre du reconfinement

« Les mesures annoncées peuvent paraître dures, mais elle sont là pour appeler à un sursaut collectif. Elles ne sont pas là pour stigmatiser des professions ou des populations. Notre but est de préserver deux éléments essentiels, l’éducation et la vie économique. Nous sommes donc obligés de limiter toute vie sociale en dehors de cela. Nous ne pouvons ni sacrifier une classe d’âge, ni l’économie », déclare avec gravité le préfet qui ne peut exclure toutefois « un reconfinement local si la situation venait à s’aggraver encore ». La période des vacances de Toussaint est particulièrement crainte par les professionnels de santé car pouvant potentiellement aboutir à de trop nombreuses « retrouvailles familiales ou amicales ».

Les procédures d’aides prolongées

Christophe Lerouge, directeur de la Direccte Occitanie [2] : « Tous les piliers des aides du gouvernement sont toujours là. Dans les secteurs les plus touchés (bars, restaurations, événementiels, etc.), le chômage partiel est maintenu à 100 %. Le report des cotisations patronales et salariales est toujours possible. Les entreprises peuvent toujours aussi faire une demande au fonds de soutien gouvernemental sur le site impots.gouv.fr. »

Selon le patron de la Direccte, la situation économique n’est pas encore catastrophique. « Les chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) avaient fortement augmenté au mois de mai. Aujourd’hui, il y a une bascule vers les catégories B et C (ayant une activité réduite). Et, grâce aux aides gouvernementales, il n’y a plus tant de défaillances d’entreprises que cela », affirme Christophe Lerouge, sans donner de chiffres précis.

Le préfet Étienne Guyot nuance : « Nous entendons toutefois la préoccupation de beaucoup de chefs d’entreprises, pour qui les aides actuelles ne sont pas suffisantes. Nous faisons remonter ces craintes à chaque fois que nous le pouvons. Nous attendons d’éventuelles annonces gouvernementales dans ce sens. »
Mercredi 14 octobre au soir, le chef de l’État Emmanuel Macron sera interrogé à 20 heures sur TF1 et France 2 par les journalistes Anne-Sophie Lapix et Gilles Bouleau. Il en profitera peut-être pour annoncer de nouveaux dispositifs d’aide pour les entreprises.
Matthias Hardoy

Photo d’illustration. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

Notes

[1Toulouse, Colomiers, Tournefeuille, Blagnac, Plaisance-du-Touch, Cugnaux, Balma, Castanet-Tolosan, Saint-Orens-de-Gameville, Labège, Aucamville, Launaguet, L’Union, Portet-sur-Garonne, Ramonville-Saint-Agne, Auzeville-Tolosane et Quint-Fonsegrives.

[2Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. Représente l’État sur ces questions

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Source : https://www.touleco.fr/Occitanie-La-prefecture-et-les-autorites-de-sante-esperent-un,29658