Plan de relance aéronautique : réactions mitigées des acteurs économiques toulousains

Alain Di Crescenzo, Carole Delga, Jean-Louis Chauzy mais aussi les syndicalistes : les acteurs économiques toulousains attendaient tous avec impatience le plan de sauvegarde de l’aéronautique, annoncé ce mardi 9 juin par le ministre Bruno Le Maire. Leurs réactions sont contrastées.

Quinze milliards d’euros, dont 7 milliards de PGE pour Air France, des garanties à l’export, un fonds d’investissement, la prolongation du chômage partiel… le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé ce 9 juin les mesures prises par l’État pour soutenir la filière aéronautique. À Toulouse, les acteurs économiques et élus, inquiets depuis plusieurs semaines pour les emplois menacés, livrent leurs réactions. Verbatim.

Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie : « Il y a un problème sur le montant du fonds d’investissement »

« Globalement les annonces faites par Bruno Le Maire sont satisfaisantes, mais maintenant les chefs et cheffes d’entreprises attendent des détails sur les différents dispositifs. Une question se pose sur l’octroi à Air France d’un PGE de 7 milliards d’euros : y aura-t-il un effet de ruissellement sur l’écosystème aéronautique ? Cela va-t-il générer des commandes d’avions chez Airbus ? Car la commande est bien le nœud du problème. Je salue donc les dispositifs qui permettent de consolider les commandes au lieu de les annuler, c’est fondamental. Concernant les deux fonds annoncés, celui doté de 300 millions d’euros de subventions à destination des PME/PMI peut marcher. En revanche, le fonds doté de 500 millions à un milliard d’euros pour les ETI pose un vrai problème. Aujourd’hui on a environ trente ETI qui comptent sur l’hexagone dans le secteur aéronautique, et le ticket moyen d’investissement dans une ETI est de l’ordre de 50 à 100 millions d’euros. Ça ne va pas suffire.. »

Carole Delga, présidente de la région Occitanie : « En dépit des apparences, ce plan n’est pas suffisamment dimensionné »

« Pour encaisser le choc pour les dix-huit mois à venir, ne pas détruire les compétences en préservant l’emploi et devenir leader mondial de l’avion vert, je pense que le plan devra être étoffé. En effet, en dépit des apparences, ce plan n’est pas suffisamment dimensionné, financièrement et par rapport aux enjeux de la filière. Sur les 15 milliards d’euros annoncés, 7 sont déjà fléchés pour soutenir Air France. Donc le plan de soutien en tant que tel c’est 8 milliards d’euros. Il en est de même sur les outils en fonds propres. Alors que nous avons défendu auprès du ministre de l’Économie l’idée d’un fonds de 1 milliard pour un effet levier de 2 milliards d’euros, le Gouvernement en propose aujourd’hui la moitié. La question des fonds propres doit être enrichie afin de bénéficier également aux TPE/PME .
Le premier objectif du plan doit être de préserver les compétences avec un dispositif musclé (chômage partiel, NDLR). Dans l’industrie, le nerf de la guerre, c’est la compétence. Or sur cette question, le plan présenté aujourd’hui est trop flou et renvoie aux discussions en cours avec une autre ministre (Muriel Pénicaud, NDLR). »

Xavier Petrachi, CGT Airbus : « L’État n’est pas suffisamment exigeant avec Airbus »

« Nous attendions plus de fermeté concernant la décision de maintenir la chaîne d’assemblage de l’A321 à Toulouse. L’État, malgré les milliards mis sur la table, pourrait être un peu plus exigeant envers Airbus. On a l’impression que le maintien des emplois va devoir passer par une meilleure rentabilité des entreprises, comme chez Derichebourg. Par ailleurs, le Gouvernement veut un avion vert en 2035 : cela signifie-t-il la reprise des projets arrêtés par Guillaume Faury, comme l’eFanX ? On attend de voir. »

Gaëtan Gracia, délégué syndical CGT aux Ateliers Haute-Garonne : "Les grands industriels vont décider quelle entreprise de la sous-traitance va vivre ou mourir"

"Ces 15 milliards ne sortent pas de la poche de Bruno Le Maire pour les donner aux ouvriers de l’aéronautique. Ce n’est pas un cadeau mais de l’argent public qui sera offert aux banques et aux grands industriels pour qu’ils fassent des profits comme avant. Ces derniers, avec le fonds d’investissements, vont décider quelle entreprise de la sous-traitance va vivre ou mourir. Sur l’emploi, le ministre évoque des ajustements sans départ contraint. Ses mots ont un sens. Cela veut dire que les accords de performance collective, vont se multiplier. On va attaquer le treizième mois des salariés, l’ancienneté. Le salaire va baisser pendant un certain temps ou le plus durablement possible ».

Samuel Cette, président de la CPME Occitanie : « Les montants annoncés seront- ils suffisants sachant que la moitié va à Air France ? »

Je salue la prise de conscience du Gouvernement sur la question de l’industrie aéronautique et il y a trois points importants, notamment pour les PME : l’injection immédiate de trésorerie indispensable pour les plus petits sous-traitants ; le maintien de la R&D, de l’écosystème, des compétences et des savoir-faire ; et enfin le haut de bilan, c’est-à-dire l’aide à la restructuration et à la concentration des structures. Le montant annoncé de 15 milliards d’euros, en lui-même, est important, mais est-ce que ça suffira, sachant que la moitié va à Air France ? C’est un vrai sujet, surtout quand on sait que le discours du Gouvernement est aussi de dire que le tout avion est terminé ! Je ne peux pas m’empêcher d’être toujours inquiet pour les petits sous-traitants. »

Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole : "Je me réjouis de cette annonce"

"Je me réjouis de cette annonce. Ce plan témoigne de la volonté du Gouvernement de soutenir ce secteur industriel majeur pour Toulouse, pour la France et pour l’Europe. En confirmant la possibilité de l’implantation de la ligne de production de l’A321 XLR à Toulouse, Bruno Le Maire rassure les élus locaux mais également l’ensemble des acteurs économiques toulousains. Collectivement, nous avions demandé solennellement cette confirmation, dont l’enjeu est fondamental pour l’emploi local (Bruno Le Maire a affirmé : "ll n’y a pas de raison de remettre en cause le principe de la ligne de production de l’A321 XLR à Toulouse", NDLR)".

Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie : « L’État a pris la mesure de la situation »

« C’est un plan à la hauteur des exigences. L’État a pris conscience des défis, et a mis les moyens en face. Je suis satisfait de ce qui a été annoncé, notamment la prolongation du chômage partiel sur deux ans, et le fonds impliquant les quatre majors du secteur (Airbus, Safran, Thales et Dassault), qui permettra de consolider les ETI. La charte éthique entre les donneurs d’ordres et la supply chain est également un bon point. Tout cela doit permettre à Airbus de rester leader, même si nous devons envisager une diversification plus importante vers le militaire et le spatial. C’est une obligation quand on a autant d’ingénieurs et de connaissances sur le territoire. »

Guillaume Faury, CEO d’Airbus « Ce plan permet d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’aérospatiale »

« Ce soutien continu à notre écosystème permettra d’atténuer la situation critique à laquelle nos clients et fournisseurs sont actuellement confrontés, et contribuera à limiter l’impact social de la crise dans notre industrie en préservant l’expertise et le savoir-faire. Ce plan renforcera l’action et l’engagement d’Airbus en faveur de la décarbonation de l’industrie aéronautique. En soutenant la R&T et la R&D dans le domaine des technologies durables, le plan permettra à la France et à l’Europe d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’aérospatiale et d’accélérer la révolution verte dans l’aviation ».
Propos recueillis par Sophie Arutunian ( et A.S)

Sur la photo, de gauche à droite : Alain Di Crescenzo, Jean-Louis Chauzy, Samuel Cette et Carole Delga. Crédits : DR - ToulÉco.

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Source : https://www.touleco.fr/Plan-de-relance-aeronautique-reactions-mitigees-des-acteurs,28991