Sigfox. Le tribunal de commerce de Toulouse valide l’offre de reprise d’Unabiz

La société singapourienne Unabiz a été désignée, ce jeudi 21 avril, par le tribunal de commerce de Toulouse pour reprendre le groupe Sigfox et sa filiale française, placés en redressement judiciaire depuis le 26 janvier dernier. Un « soulagement » pour les salariés.

Ils étaient neuf au départ à avoir déposé une offre devant le tribunal de commerce de Toulouse. Dont sept pour reprendre à la fois le groupe Sigfox et sa filiale française, opérateur dans l’Hexagone du réseau 0G à bas coût et basse consommation pour l’internet des objets développé par la société de Labège. Le 5 avril dernier, la liste s’est réduite à cinq noms. La société d’investissement britannique Greybull Capital LLP et le fournisseur parisien de services IOT Actility (uniquement pour la maison-mère Sigfox) avaient reçu un avis défavorable des représentants du personnel. Selon eux, l’offre d’Actility présentait trop de risques sur le plan financier du fait de son absence de rentabilité, bien que l’entreprise soit une référence dans les réseaux LoRaWAN, technologie concurrente de celle de Sigfox.

Le CSE avait aussi écarté la candidature de la société lausannoise Heliot Europe Gmbh, opérateur exclusif du réseau Sigfox en Allemagne, Suisse, Autriche, Slovénie et Liechtenstein, qui ne souhaitait reprendre que la filiale. Le groupe Oteis France, spécialisé dans le conseil et l’ingénierie du bâtiment, avait reçu un avis réservé en raison de « sa culture d’entreprise différente de celle de Sigfox » et d’un « risque à court terme de fuite des talents », selon les élus du CSE. Seul le Singapourien Unabiz, opérateur du réseau 0G de Sigfox en Asie et dirigé pour deux anciens du groupe, avait obtenu les faveurs des représentants du personnel. C’est sa candidature, soutenue également par la direction de Sigfox, qui a finalement été retenue par le tribunal de commerce de Toulouse.

PSE en préparation

« C’est une très bonne nouvelle, car l’offre d’Unabiz était clairement la mieux disante sur le volet social avec la reprise de 110 salariés sur 174, et elle est intéressante aussi sur le plan stratégique et financier », a réagi Antoine Maïer, élu du CSE. Dans les prochaines semaines, la direction de Sigfox va néanmoins devoir mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi portant sur la suppression d’une soixantaine de postes. Abondé par Unabiz, il comprendra des mesures d’accompagnement à la création d’entreprise et à la formation, et des reclassements possibles à Taipei et Singapour, avec dix postes d’ores et déjà ouverts. « Pour les autres, il va falloir se remettre le pied à l’étrier et se mobiliser autour d’un nouveau projet commun. Nous avons retrouvé un cap, une direction », se félicite le représentant du personnel.

Pour les salariés de Sigfox, une nouvelle page s’ouvre. Elle devrait faire oublier les moments difficiles qu’a connus l’entreprise ces dernières années jusqu’à son placement en redressement judiciaire le 26 janvier dernier. Né en 2009 à Labège, ce pionnier de la connectivité dédiée à l’IOT est parvenu à une couverture de soixante-quinze pays et un traitement quotidien de 80 millions de messages générés par 20 millions d’objets connectés. Mais, en dépit de levées de fonds record - 100 millions d’euros en 2015 et 150 millions supplémentaires l’année suivante - l’entreprise, qui employait en janvier 2021 quelque 250 personnes dans le monde, dont 150 à Toulouse, n’a pas pu faire face à son endettement.

« Une technologie unique »

Ralentie par la crise sanitaire puis la pénurie de composants électroniques, qui ont contribué à retarder la croissance du marché de l’IOT, Sigfox avait dû se résoudre en octobre 2020 à engager un premier plan de sauvegarde de l’emploi portant sur quarante-sept suppressions de postes. Six mois plus tard, son cofondateur Ludovic Le Moan était écarté de la direction du groupe et remplacé par Jeremy Prince, jusque-là président de Sigfox USA.

Avec la reprise de l’entreprise par Unabiz, les salariés espèrent voir Sigfox devenir rapidement un « incontournable de l’IOT industriel ». « Nous avons une technologie unique. Cette procédure de redressement judiciaire l’a encore prouvé, au vu du nombre de repreneurs qui se sont manifestés », estime Antoine Maïer. « Nous devons la faire perdurer, l’améliorer, pour l’imposer sur le marché des télécoms de demain. Pour le bas débit, la basse consommation et le bas coût, nous ne sommes pas "concurrençables" et nous pouvons encore faire mieux. »
Johanna Decorse

Photo Rémy Gabalda-ToulÉco.

Réaction d’Unabiz :
La reprise de Sigfox par Unabiz est « un nouveau départ » qui « garantira définitivement la souveraineté technologique française de Sigfox », a assuré ce jeudi 21 avril dans un communiqué, Henri Bong, cofondateur et coprésident d’Unabiz. « Au-delà de sécuriser les ventes de Sigfox dans les douze mois à venir, alors que de nouveaux marchés émergent dans un contexte post-pandémique, le nouveau Sigfox se réinventera et collaborera avec d’autres technologies LPWAN - (de réseau sans fil grande distance à basse consommation, NDLR) - telles que Lora, LTE-M et NB-IoT pour saisir de nouvelles opportunités de développement », a ajouté le dirigeant d’Unabiz en évoquant de « nouvelles stratégies » à venir et « une nouvelle gouvernance pour faciliter les relations avec les partenaires, les clients et les opérateurs » qui utilisent la technologie Sigfox.
Basé à Singapour, à Taïwan et au Japon, où il opère le réseau 0G développé par la société de Labège, Unabiz indique avoir déployé plus d’un million de capteurs dans le monde dans 28 pays, en se concentrant sur les applications smart cities, telles que le comptage intelligent, la gestion des installations, la gestion des actifs et le suivi des actifs.

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Source : https://www.touleco.fr/Sigfox-Le-tribunal-de-commerce-de-Toulouse-valide-l-offre-de,34043