Covid-19. L’arrêt du BTP impacte les grands chantiers d’Occitanie

Troisième ligne de métro, téléphérique, construction de logements, de collèges ou de lycées… La quasi totalité des grands chantiers d’Occitanie a été stoppée. Mais pour la profession, la sécurité des salariés doit primer sur la continuité de l’activité.

Dans le secteur du BTP, la mise en place du confinement a conduit à l’arrêt de la quasi totalité des chantiers en Occitanie. Mais un communiqué publié samedi 21 mars par le ministère du Travail et les fédérations du BTP encourageant à « la continuité de l’activité » dans le secteur, provoque l’incompréhension dans la profession.
« Il est trop tôt pour parler de protocole d’accord sur la reprise du travail », martèle Jonathan Sutra, le secrétaire général de la FBTP 31. « Nous ne sommes pas en mesure de reprendre les chantiers car nous sommes responsables de la sécurité de nos salariés en tant que chefs d’entreprises, or nous ne sommes pas en mesure de la garantir ».

Ne prendre aucun risque

C’est aussi le message d’Émile Noyer, président de la fédération de Haute-Garonne et de l’entreprise Socotrap. « Outre la réalisation de travaux d’urgence ou en secteur prioritaire à la nation, je vous demande de ne prendre aucun risque et donc de ne pas reprendre votre activité », écrit-il à ses adhérents dans un communiqué. Selon la fédération, c’est désormais l’organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) qui a la main pour indiquer aux entreprises des recommandations de bonnes pratiques et juger si la reprise des chantiers est envisageable.

Les outils passent de mains en mains

Une perspective qui inquiète les salariés comme Laurent Grosjean, plombier sous statut intérimaire et secrétaire CGT du syndicat local Construction bois et ameublement 31. « Nous ne comprenons pas ce protocole d’accord, il va falloir qu’ils nous expliquent quelles mesures de protection ils comptent mettre en œuvre sur les chantiers mais ça me semble très compliqué. On travaille en équipe, les outils passent de mains en mains, et on se déplace sans arrêt… » Lui est au chômage depuis dix jours et encourage par la voix de son syndicat, « à faire grève ou utiliser le droit de retrait. »

À la CFDT, l’heure est aux ajustements. « Notre position est de dire qu’il faut autoriser la reprise du travail uniquement quand c’est possible », estime Joseph Dalle, le secrétaire général pour le syndicat Construction bois 31. Dans son entreprise Ineo MPLR (filiale d’Engie), « les salariés de chantier ne veulent pas reprendre le travail, et pour les autres le mot d’ordre est flexibilité : la direction nous demande de télétravailler quand c’est possible et incite les gens à prendre des congés immédiatement », décrit-il.

Des maîtres d’ouvrages publics compréhensifs

Du côté des maîtres d’ouvrage publics, le message délivré est aussi celui de la prudence. À l’Arac, l’agence régionale aménagement et construction, bras armé de la construction de la Région Occitanie, malgré des sommes colossales engagées, « l’ensemble des chantiers est actuellement mis en veille et cela représente 300 millions d’euros », indique Aurélien Joubert, le directeur de l’agence. « Seuls quelques petits artisans ont manifesté leur souhait de pouvoir continuer à travailler malgré le confinement en respectant les conditions de sécurité sanitaire. Nous ne voulons pas les pénaliser et donc nous regardons très précisément au cas par cas si cela est possible. »

Même constat à l’union sociale de l’habitat (USH) Occitanie qui rassemble cinquante-cinq opérateurs de logements sociaux. Tous les chantiers des bailleurs sont à l’arrêt soit environ 10.000 logements. « Seule la continuité des travaux urgents de maintenance et d’entretien (ascenseurs, électricité….) », est maintenue précise Jean-Michel Fabre le président de l’USH Occitanie.
Dans un souci de soutien aux entreprises, les maîtres d’ouvrage publics rassurent sur la continuité des paiements, des prolongements de délais d’appels d’offres en cours et des régularisations par avenant. « On se met d’accord avec les entreprises pour suspendre les chantiers et tout sera régularisé par avenant pour que personne ne soit pénalisé par les retards engendrés », détaille Bertrand Looses, le directeur général des services au CD 31 qui a aussi stoppé tous ses chantiers.

Dans ce contexte plusieurs projets emblématiques comme le téléphérique urbain Téléo et la troisième ligne de métro sont aussi mis en pause. « Nous prenons acte de la volonté des entreprises de s’arrêter et ne leur donnons bien sûr aucune injonction car ces chantiers ne sont pas prioritaires pour la nation », explique Francis Grass, le président de Tisséo Ingenierie. Concernant la troisième ligne de métro, la phase de diagnostic technique qui venait d’être lancée auprès de tous les propriétaires privés et syndics concernés par le tracé, a été stoppée « et aucun calendrier n’a pu être refixé pour l’instant », indique le maître d’ouvrage.
Béatrice Girard

Sur la photo : Les grands chantiers emblématiques pour la région, mais non prioritaires pour la nation sont tous à l’arrêt. Ici, le chantier du téléphérique Teleo. Crédits : Tisséo - DR.

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Source : https://www.touleco.fr/Covid-19-L-arret-du-BTP-impacte-les-grands-chantiers-d-Occitanie,28382