Toulouse. Le jour où la vie économique s’est arrêtée

Rues désertes, boutiques, bars, cinémas, musées et restaurants fermés. Ce lundi, Toulouse s’est préparée à vivre à l’heure du coronavirus.

La Ville rose n’a jamais autant mal porté son nom. Ce lundi 16 mars, Toulouse est grise, plombée par un ciel bas et une pluie fine, qui annoncent une nouvelle ère. Une fin du monde, qui rappelle le film Contagion, nous souffle une Toulousaine. En 2011, Steven Soderbergh suivait l’itinéraire pandémique d’un virus à travers le monde, dans un film choral qui trouve dans notre actualité une curieuse résonance.
Ce lundi midi, quelques Toulousains sont en goguette. Très peu, les autres pressent le pas, leurs cabas chargés de nourriture.

Rue Pharaon, seul le Café Papiche est ouvert. À l’intérieur, la musique un peu forte comble l’absence de clients. Fermé ce dimanche à minuit, ce coffee shop a ouvert ses portes ce lundi matin pour proposer uniquement des boissons à emporter. Assis, Asaf, le gérant, attend le chaland qui ne se bouscule pas au portillon.
La place des Carmes, si bouillonnante en temps normal, est plongée dans le silence. Les tabourets du Café du matin sont rangés sur les tables, lumière éteinte. Rue des Filatiers, on croise les vélos Uber Eats et Deliveroo. À toute vitesse, les livreurs récupèrent les commandes des clients de quelques restaurants qui par ce biais contournent la mesure gouvernementale de fermeture totale.

Une dérogation cependant peu prometteuse. « C’est la sinistrose », pour Catherine Chiche de l’Arum Café. Ce commerce, installé rue Saint-Antoine-du-T, livre également les Toulousains à leur domicile. « Aujourd’hui, on a bricolé. On a perdu 20% de notre chiffre d’affaires », précise la gérante. « Si il y a confinement total, la vente sera terminée ». « Je ne sais pas où on va, on tâtonne », poursuit inquiet son mari Laurent Chiche. « Et, nous allons avoir des problèmes d’approvisionnement. Notre fournisseur en fruits et légumes du grand marché a perdu 80 % de ses clients ».

Dans les hypermarchés, les parkings bondés

Rue Sainte-Ursule, dans le quartier de la Bourse, le rideau de la librairie Tire-Lire est à moitié baissé. À l’intérieur, Céline Panou prépare les commandes de ses clients les plus fidèles qu’elle s’apprête à livrer elle-même, à vélo. « Je suis parée. Je porte des gants, un masque et je nettoie le terminal de la carte bleue avec du gel hydro-alcoolique », souligne la directrice, dont les trois salariés sont au chômage partiel. « Je fais du dépannage ponctuel pendant 48 heures dans deux quartiers, le 31000 et le 31500 ». Vendredi, au lendemain de l’annonce d’Emmanuel Macron de fermer toutes les écoles, la librairie a connu un pic de ventes qui s’est poursuivi samedi. « On a connu deux grosses journées qui ont un peu boosté notre chiffre », ajoute Céline Panou, qui avoue être cependant « déstabilisée ».

« Économiquement, ça va être compliqué. L’année dernière, les commerces du centre-ville ont déjà assumé les gilets jaunes et les manifestations contre la réforme des retraites. En terme de fréquentation, ce fût sinistre. Là, on enchaîne avec au moins un mois de fermeture, voire jusqu’au 1er mai ».

Au centre-commercial Carrefour Labège, autre ambiance. Le parking en plein air est bondé, les files d’attente aux caisses sont interminables. Insouciants, des couples se filment devant les boutiques fermées de la galerie marchande.
Dans les rayons de l’hypermarché, le riz est en rupture de stock, le lait infantile aussi. « J’ai deux enfants, et je crains le confinement », nous confie cette maman dont le caddy est rempli de gâteaux, de chips et de fromages.
Audrey Sommazi

Sur la photo : la place du Capitole déserte. Crédits Rémy Gabalda - ToulÉco

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Source : https://www.touleco.fr/Toulouse-Le-jour-ou-la-vie-economique-s-est-arretee,28313